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LES ACTIVITÉS TOURISTIQUES : systèmes et fonctionnement des espaces
Les différents massifs de montagnes au Maroc présentent des caractéristiques différentes de paysages, de relief, de climat et de richesses naturelles et humaines. Au sein d'un même massif les différences existent, ce qui permet à chaque massif d'avoir une fonction touristique propre et différente des autres et ce, pendant les différentes saisons, d'où ce que nous pouvons qualifier de système de fonctionnement touristique saisonnier de chaque territoire.
Nous traiterons ici les différentes pratiques touristiques actuelles sur tous les territoires de montagnes en plus d'autres possibilités susceptibles d'être un atout pour ces mêmes territoires. Nous essayerons par la même occasion de montrer la diversité de la pratique touristique sportive et autres sur les différents massifs de montagne ; ce qui nous dégagera une idée sur le degré de compétitivité du produit touristique de la montagne marocaine en général et de chaque massif en particulier. Cette tentative nous amènera également à définir dans quelle mesure les espaces de montagne présentent une offre diversifiée qui les mettra en position de concurrence avec les destinations touristiques concurrentes dans les autres pays touristiques récepteurs.
Nous décrivons à présent les différentes formes de tourisme et leur répartition sur les massifs de montagnes, alors que nous procéderons dans le premier chapitre de la deuxième partie à décrire les différents circuits de randonnées qui se font ou peuvent se faire dans les régions de montagnes.
A- LE TOURISME SPORTIF
Les territoires de montagnes offrent plusieurs activités sportives de nature et de plein air. Elles peuvent être pratiquées dans différents endroits et certaines exigent des critères de choix des sites et endroits propices.
a- l'escalade
Cette activité trouve son terrain de prédilection dans le Haut Atlas Central, sur ses deux versants nord et sud. Au Nord, dans la haute vallée de l'Ahansal appartenant à la Province d'Azilal, se trouve un des sites exceptionnels pour l'escalade au Maroc, qui est le cirque des parois qui entourent et dominent le village de Taghia et l'Aqua-n-Tifloute. La hauteur de ces parois atteint environ 600 m à certains endroits. D'autres sites d'escalade relativement importants existent dans différents endroits de la Province d'Azilal, notamment les sites-écoles de Tamezrite dans la vallée des Aït Bouguemmez, les sites des canyons de Jro et d'Arous et les parois des gorges de la Tassaout. Au versant sud le site des gorges de Todgha, situées à 12 km de la ville de Tinghir dans la Province de Ouarzazate, ne manque pas d'intérêt pour le grimpeur chevronné. Les deux falaises opposées offrent plusieurs voies d'escalades, particulièrement la paroi de la falaise sud, dont plusieurs parcours sont équipés depuis les années 70 et 80 et présentent des niveaux variés de difficultés sur des hauteurs allant de 20 à plus de 300 m.
Dans le Haut Atlas de Marrakech nous trouvons des sites d'escalade non sans importance comme l'école d'escalade de Tizi-n-Oukeïmeden, à 5 km du col en face au Toubkal, dont les falaises ne sont que de 15 à 30 m ; en plus d'un autre site à Tizrag. Enfin, dans le Haut Atlas Oriental, les possibilités d'escalade sont très limitées. C'est uniquement au Jebel Maâskar que l'on peut pratiquer le sport d'escalade, particulièrement au mont Ighil-ou-Abbari (3063 m).
b- Le ski
La plupart des massifs de montagne du Maroc sont propices à la pratique du ski de randonnée, à l'exception des massifs de Siroua et du Saghro. Dans le Haut Atlas Occidental, plusieurs itinéraires de courses hivernales à ski existent, principalement dans le Toubkal, c'est-à-dire au centre de la partie orientale du massif ; en plus du ski de station dans la station de l'Oukeïmeden. Des randonnées à ski sous forme de boucles, en étoile et des traversées sont faisables sur ce massif. La pratique du ski de fond n'est possible que sur le site du plateau de l'Oukeïmeden et plus particulièrement lors des grosses chutes de neige, sur des circuits de 6 à 8 km.
Dans le Haut Atlas Central, nous distinguons deux formes d'activité de ski susceptibles d'être pratiquées : les raids à ski sous forme de traversées Nord-Sud ou vice-versa, en plus de la traversée ouest-est de Demnate à Aït M'hammed et la randonnée en étoile dans la région de la vallée des Aït Bouguemmez en combiné avec les sommets environnants. Des descentes à ski sont possibles dans le Haut Atlas Central pour les skieurs confirmés disposant d'un bon encadrement et du matériel adéquat, notamment les descentes des monts suivants : Rat (3797 m) et Tignousti (3820 m), Ighil n M'goun (4071 m) et Igoudamen (3519 m), Azourki (3682 m) et Ouaougoulzate (3763 m). Le ski de fond se limite au fond de la vallée des Aït Bouguemmez, surtout après des grosses chutes de neige et sur le site du lac d'Izourar entre les flancs sud de l'Azourki et le versant nord du Ouaougoulzate et vers Tagafayte à l'Est du lac.
La situation en latitude nord du Haut Atlas Oriental par rapport aux deux autres parties de la chaîne permet un enneigement important de ce massif, malgré que son accès est plus difficile que les deux autres massifs H.A.C. et H.A.Occ.. Le ski de fond peut être pratiqué dans la vallée d'Imilchil et sur le plateau des lacs Isli et Tislite, qui présentent un relief tabulaire sur plusieurs kilomètres. Dans le Jebel Ayachi (3747 m), situé au Sud de la ville de Midelt, le skieur peut se réjouir de belles descentes à ski sur son versant nord, le plus enneigé et le plus raide. Le massif de l'Ayachi représente la transition entre la région du Tafilalet au Sud et celle du Moyen Atlas au Nord, ce qui lui assure un enneigement permanent et régulier en hiver et automne. B. Domenech décrit 7 itinéraires possibles sur le versant nord de ce massif[1]. Non loin de l'Ayachi se trouve le Jebel Maâsker (3227 m) où deux descentes à ski sont permises l'une dans les vallons nord-est du Jebel Azgaou (2863 m) et l'autre sur le versant nord du Maâskar. La beauté des paysages de ce petit massif est un autre attrait pour les skieurs qui peuvent admirer en périodes de beau temps ses paysages sauvages de forêts.
Dans le massif du Moyen Atlas, en dehors des stations de ski existantes, des randonnées à ski sont envisageables dans le Bou Iblane et Jebel Hayyane.
c- La randonnée La randonnée pédestre a de plus en plus de succès. C'est un loisir facilement accessible et praticable partout. Sa durée est extrêmement variable : promenade, randonnée à la journée, grande randonnée, trekking dans des destinations lointaines. Le degré de préparation et le matériel nécessaires ne sont pas les mêmes en fonction du milieu, de la durée et de la difficulté.
d- La spéléologie
Ce sport engagé draine un nombre peu important d'amateurs marocains jusqu'à présent et également peu de groupes et de spécialistes étrangers. Si certains sites de spéléologie sont déjà explorés, d'autres sites restent encore méconnus des spécialistes et des amateurs de ce sport. C'est dans le Haut Atlas Central ou bien le Haut Atlas Calcaire, en raison de sa formation morphologique, que se trouvent plusieurs grottes de différentes dimensions. Trois associations marocaines de spéléologie, d'Agadir, de Marrakech et de Casablanca, entreprennent des opérations de découvertes et d'exploration des richesses souterraines des grottes, gouffres et cavités des différentes régions de montagne par leurs membres adhérents en l'absence d'encouragements et de soutien de certains départements ministériels concernés, en l'occurrence les Ministères de la Jeunesse et des sports et du Tourisme. D'après nos contacts avec les présidents de ces trois associations de spéléologie, lors d'une rencontre à Marrakech[2], ces derniers nous ont déclaré que ces clubs et associations, qui s'intéressent aux activités de spéléologie et cultive une culture sportive exceptionnelle au sein de personnes amateurs, manquent de moyens financiers, de matériels techniques et d'équipements spécifiques pour l'exploration des cavités et grottes ; en plus du manque et de la faiblesse du cadre de coopération avec d'autres organismes, clubs et associations étrangères pour faire bénéficier leurs adhérents de stages professionnels. Ces initiatives ne feront qu'augmenter le nombre de pratiquants de ce sport et l'élargissement de la base des amateurs et des spécialistes de découvertes et d'exploration des gouffres et cavités, à condition de les assister.
Par ailleurs, d'une année à l'autre nous assistons à l'organisation d'expéditions et de voyages de découvertes et d'explorations de certains gouffres et grottes sur les différents massifs de montagne, mais l'ampleur de ces expéditions reste insignifiante, ce qui nécessite un effort pour l'équipement des grottes, susceptibles de faire l'objet de la promotion de ce produit touristique auprès des amateurs, des spécialistes et de simple touristes, non seulement dans les pays émetteurs mais également à l'intérieur du Maroc. Au niveau national, seule la grotte de Zegzel, à proximité de Taza, dans le Moyen Atlas est la seule grotte qui a bénéficié des opérations d'aménagements et d'équipements, de la part du Ministère du Tourisme avec une assistance technique et expertise française depuis 1992 ; et faute de commercialisation elle n'attire jusqu'à présent que peu de visiteurs, d'excursionnistes et de spéléologues.
e- Les sports d'eau vive : le canoë-kayak, le rafting, hot dog et l'hydrospeed
Les sports d'eau vive, en général, ne sont pas bien connus par les Marocains, seuls certains club de Canoë-kayak existent à Rabat, Casablanca et Kenitra et sont affiliés à la Fédération Royale Marocaine de Canoë-kayak. Ces clubs qui sont à leurs débuts réalisent déjà de bonnes performances et participent aux compétitions internationales, depuis les jeux méditerranéens de 1986, qui se sont déroulés à Casablanca. En plus de l'exploitation des embouchures des grandes rivières, sur les côtes atlantiques, ces clubs organisent souvent des entraînements sur ces mêmes cours d'eau à l'intérieur du pays. La méconnaissance de la majorité des Marocains de ce sport et sa pratique très réduite revient en réalité à deux raisons principales, qui sont d'une part, la cherté des équipements utilisés pour ce genre de sport, d'autant plus que le matériel performant n'est pas disponible sur le marché national, et d'autre part l'éloignement des sites appropriés à la pratique des sports d'eau vive. Toutefois, depuis quelques années, certains équipements ont commencé à être produits sur le marché marocain en raison de la demande ressentie en matière de sports d'eau vive, tout en sachant qu'un bateau de kayak fabriqué au Maroc revient à 3.000 dhs, c'est-à-dire environ le double du salaire minimum garanti (SMIG) et qui peut servir uniquement pour les entraînements, alors qu'une unité importée, utilisée aussi bien pour les entraînements que pour les compétitions, revient à un prix très cher qui vari entre 40.000 et 50.000 dhs[3].
Par ailleurs, des groupes étrangers, formés souvent de pratiquants confirmés en matière de sports d'eau vive, organisent des voyages de prospection ou d'agrément dans des sites adaptés à la pratique des différents types de sports d'eau vive. Quelques agences de Marrakech, dont notamment Atlas Sahara Trek et Sport Travel, sont les seules à avoir des correspondants à l'étranger pour le compte desquels elles encadrent des voyages de canoë-kayak et de Rafting. Faute d'accompagnateurs et de moniteurs marocains spécialisés en matière de sports d'eau vive, ce sont souvent des moniteurs étrangers qui s'occupent de l'encadrement technique de ces voyages, alors que les agences marocaines assurent uniquement les prestations d'hébergement de transport et de restauration. f- Le vol libre : le parapente et le deltaplane
Plusieurs sites de vol libre en parapente et deltaplane sont répertoriés à différents endroits dans les grands massifs de montagnes et dans différents endroits du territoire national. En ce qui concerne les territoires de montagne, les meilleurs sites connus sont ceux du massif du Toubkal, du H.A.C. et du Siroua.
C'est sur le site de la station de l'Oukeïmeden et à partir des sommets qui entourent son plateau que des vols libres sont possibles en toutes saisons, soit vers la base de la station soit en direction du village de Tacheddirte. Dans le H.A.C., le vol en parapente et deltaplane est possible à plusieurs endroits le long de la vallée des Aït Bouguemmez. Les plus beaux sites de ce massif sont ceux d'Igoudamen en face des villages de Tabant et Aït Ziri et ceux de Ouaougoulzate et Azourki pour les descentes sur le lac d'Izourar et les villages d'Aït Ouham et de Zaouïat Oualemzi. Quant au Siroua c'est à partir du sommet de ce massif que les planeurs font des belles descentes sur les villages et les plateaux d'en bas. Nous avons pu également confirmer, par des spécialistes, plusieurs possibilités de pratique de deltaplane et de parapente dans le massif du Saghro, notamment dans les régions de N'koub[4]. g- Le canyoning
Les sites de canyoning ne sont pas nombreux au Maroc. C'est dans le H.A.C. que se trouvent concentrés les meilleurs et seuls sites favorables à la pratique de ce sport, principalement les canyons de Jrou et d'Arous, non loin de la vallée des Aït Bouguemmez, situés respectivement à 6 kilomètres de marche du village d'Agouti et 15 kilomètres de Tabant. D'autres canyons, ayant un aspect plus sauvage, se trouvent au milieu du massif, il s'agit des canyons de Wandras qui sont formés par la rivière la Tassaout et ses belles gorges, au sud du plateau de Tarkeddite. Quant aux canyons d'Aqua-n-Tifloute, ils se situent à proximité du village de Taghia non loin du pittoresque domaine d'escalade du cirque de Taghia.
Nombreux sont les groupes de touristes, particulièrement les spécialistes dans le domaine, qui réalisent les découvertes de ces beaux sites de canyoning en saison estivale. Deux facteurs concourent à réussir la commercialisation de ce produit sportif : l'abondance de l'eau et sa permanence durant la saison d'été, en plus de la qualification de certains accompagnateurs en montagne en matière d'encadrement et d'organisation de ce type de sport. Nombreux sont ceux qui ont réussi des voyages de canyoning en faveur de leurs clients individuels ou d'agences.
h- Le vélo tout terrain
En plus des régions de plaines et de désert, tous les massifs de montagnes au Maroc s'apprêtent à la pratique du vélo tout terrain et ce, à différentes périodes et saisons de l'année. Dans le Saghro, on peut pratiquer le V.T.T. en automne, hiver et printemps, alors que dans les massifs du Haut Atlas, du Siroua et du Moyen Atlas c'est uniquement en été qu'il est possible de faire du vélo tout terrain, en raison des intempéries et de la qualité des sols et du terrain.
Au Maroc, les clubs et associations de V.T.T. n'existent pas encore et les amateurs de ce sport ne sont pas nombreux, même si plusieurs personnes disposent de ce mode de déplacement, souvent ancien, qui est utilisé par les écoliers et les ouvriers pour rejoindre les écoles et les lieux de travail. À ce sujet, nous remarquons que les émigrés marocains à l'étranger amènent, à chaque fois qu'ils visitent le pays, des vélos déjà utilisés en Europe et qui sont facilement vendus sur les marchés et souks des grandes villes et villages, mais un matériel neuf existe également dans les commerces spécialisés en vélos dans les grandes villes.
Il est également constaté que plusieurs loueurs de ce type de vélos existent dans les grandes villes touristiques comme Marrakech et Agadir depuis plusieurs années et d'autres viennent de s'installer, il y a moins de deux années dans les villes du Sud, principalement à Ouarzazate et Tinghir. i- La pêche
Il est évident que la présence des cours d'eau dans les différents massifs de montagne n'implique pas forcément l'existence d'une activité de pêche. Elle ne peut être, à notre avis, un produit compétitif en ce qui concerne l'offre touristique des espaces de montagnes, vu la concurrence des pays émetteurs de touristes eux-mêmes en la matière, puisqu'ils disposent de parcours importants pour la pêche sportive. Les régions les plus réputées par leurs richesses halieutiques et disposant de rivières à eaux douces, où peut se pratiquer l'activité de pêche sportive, se trouvent particulièrement dans le Moyen Atlas et le Haut Atlas. Ce point sera détaillé, ultérieurement, dans le premier chapitre de la deuxième partie en ce qui concerne l'offre en montagnes marocaines.
Nombreux sont les Marocains et les résidents étrangers dans les grandes villes qui pratiquent cette activité en privé ou en petits groupes, notamment dans les rivières à truites du Haut et Moyen Atlas et dans les lacs d'altitude de ces deux massifs, souvent considérés comme des parcours amodiés par des sociétés privées de pêche. Il est également constaté que quelques rares petits groupes de touristes étrangers viennent au Maroc pour des séjours de pêche organisés par eux-mêmes ou par des agences de voyages, mais l'effectif de ces groupes et le nombre de pêcheurs reste jusqu'à présent très limité.
Les Services du Ministère des Eaux et Forêts délivrent sur place des permis de pêche à la journée pour les visiteurs étrangers et des permis journaliers ou annuels aux Marocains et aux Résidents étrangers au Maroc. Il est possible de se procurer un permis de pêche pour un parcours d'une zone quelconque par la Subdivision des Eaux et Forêts la plus proche ou par une autre Subdivision d'une zone lointaine. Les formalités de délivrance de ces permis ne requièrent que la présentation d'une pièce d'identité, une photo et le paiement du montant équivalent à la durée de pêche désirée, selon la nature de la pêche pratiquée.
La période de pêche de chaque espèce de poisson ainsi que les dates de son ouverture sur les différents cours et plans d'eau sont décidées par arrêté du Ministre Délégué chargé des Eaux et Forêts[5] au cours du mois de mars de chaque année. Les permis de pêche peuvent être achetés par certains établissements au profit de leur clientèle, à l'exception du permis spécial qui est délivré sur place par une représentation du Ministère des Eaux et Forêts.
B- LE TOURISME D'ESTIVAGE : une pratique passive plus que sportive
Outre les régions de plages qui drainent plusieurs citadins en période d'été pour des séjours d'estivage et de baignade, les zones intérieures du pays, notamment celles d'altitude, offrent des conditions pour le développement d'un tourisme d'estivage et de repos en montagne, pratiqué par de nombreux Marocains et certains résidents étrangers au Maroc. Le choix est souvent motivé par la limpidité de l'air, les conditions de repos et le coût du voyage moins onéreux par rapport à d'autres destinations, notamment les plages[6]. Les habitants des grandes villes se rendent dans les sites de renommée nationale et internationale par la beauté de leurs paysages et la qualité de leur climat, notamment dans la région d'Ifrane, d'Imouzer Kandar et d'Azrou dans le Moyen Atlas et dans la région d'Ourika et Moulay Brahim dans le Haut Atlas Occidental et aux cascades d'Ouzoud dans le Haut Atlas Central.
Beaucoup d'études[7] ont démontré que les zones de montagnes, choisies comme destination de tourisme de villégiature par les habitants des villes proches et lointaines, attirent particulièrement les familles moyennes et pauvres qui ne peuvent pas se permettre des vacances de longues durées au bord de la mer.
Si le tableau ci-dessous montre les éléments de satisfactions des touristes nationaux fréquentant les stations du Moyen Atlas, on peut considérer que ces éléments sont les principaux critères qui définissent le choix de cette destination d'estivage et les mobiles qui poussent les citadins à passer des séjours de vacances loin des grandes villes et des plages grouillantes d'estivants.
Ce type de tourisme draine plusieurs familles, de catégories socioprofessionnelles différentes, vers les stations d'estivage de haute et moyenne montagne. La croissance de la demande, durant ces deux dernières décennies, dans les principales stations d'estivage des massifs mentionnés ci-dessus, est favorisée par deux raisons essentiels, à savoir : l'accès facile de ces sites par les routes goudronnées et les possibilités d'hébergement existantes, qui sont à la porté de toutes les bourses (tentes individuelles, pensions, hôtellerie classique moyenne).
C- LE TOURISME DE PÈLERINAGE : visite des marabouts et moussems
C'est une forme ancienne de déplacement de personnes, qui consiste à vénérer des tombeaux de Saints, de marabouts, des ancêtres de la tribu et des localités jouissant d'une renommée commémorative quelconque par un grand nombre de populations, en organisant des visites à une ou plusieurs périodes de l'année. Nous constatons ainsi l'organisation de moussems, de festivals et de fêtes dans différentes régions du pays, aussi bien de plaines que de montagnes, sous forme de rassemblements à caractère religieux et/ ou commercial. M. BERRIANE a traité dans son étude consacrée aux formes de déplacements de loisirs et autres des marocains et celle de la fréquentation des moussems par les Marocains[8], et a recensé 753 moussems (1982) (correspondant à 800 souks inventoriés par J.F. Troin en 1975). Cependant, nous ne partageons pas son avis en ce qui concerne "… le vide relatif (en moussems) de l'Oriental, du Sud-Est, des régions montagneuses et du plateau central" qu'il qualifie de remarquable", dans la mesure où son étude a été centrée sur les zones rurales atlantiques. À ce sujet, nous précisons ici que certains moussems et manifestations sociales de petite ou de moyenne taille ne figurent pas sur le calendrier annuel des fêtes et moussems au Maroc préparé par les services du Ministère de l'Intérieur.
Par l'effet de la culture traditionnelle, ces rassemblements connaissent une affluence des populations de couches pauvres et moyennes pour se "nourrir ou se ressourcer" de l'âme saine et solliciter également la "Baraka" de la personne qu'elles révèrent. En même temps, c'est une occasion de renouveler les alliances anciennes entre les tribus, les fractions de tribus et les familles. Ils offrent également l'occasion de créer de nouvelles alliances et de se rencontrer pour l'échange des nouvelles et de conclusion de transactions diverses. De nos jours, la raison commerciale l'emporte beaucoup sur l'aspect religieux, dans la mesure où tous les rassemblements connaissent une activité commerciale intense dont profitent les commerçants pour écouler des produits manufacturés et acheter des produits locaux d'agriculture et d'artisanat.
À ce sujet, nous distinguons trois grands rassemblements importants dans deux zones de montagne du Haut Atlas, le premier est le moussem des fiançailles à Imilchil dans le Haut Atlas Oriental et les deux autres sont le moussem de sidi Chamharouch au village d'Aremed et celui de Moulay Brahim, tous dans le Haut Atlas Occidental. Ils drainent beaucoup de populations des différentes régions avoisinantes et des autres régions du pays. D'autres manifestations du genre, limitées aux populations d'une tribu ou de plusieurs tribus limitrophes, sont très nombreuses partout en zones de montagnes et de plaines : "…le moussem est avant tout une manifestation rurale. 91% des moussems recensés se tiennent à la compagne."[9]. Ils son organisés en majorité pendant la saison d'été, après les travaux des moissons et de battages des récoltes. Les plus importants moussems, festivals et fêtes organisés dans différentes régions du Maroc sont listés dans le tableau n° 8 ci-dessous :
Une autre forme de déplacement en pèlerinage réside dans les visites des marabouts. Nombreux sont les Marocains qui se déplacent, soit en famille soit individuellement, pour rendre visite à un marabout, afin de solliciter sa baraka et sa clémence et témoigner de la reconnaissance à ses bienfaits en matière de prospérité des récoltes et des richesses obtenues durant toute l'année. Certains passent une nuit ou plusieurs au lieu où le saint est enterré en égorgeant un mouton et faisant des offrandes en faveur de la demeure du saint.
Les destinations les plus connues le saint Moulay Brahim à proximité de Ouirgane et Setti Fatma, en amont de l'Ourika dans la Province d'El Haouz. Dans la Province d'Azilal, le marabout de Sidi Moussa dans la vallée des Aït Bouguemmez est très visité le long de l'année par les femmes qui sont en quête d'un mari ou celles désireuses d'avoir des enfants. Sidi Ahmed Oulemghanni à Imilchil est vénéré par sa baraka, qui engraisse le cheptel en période de sécheresse. D'autres saints marabouts existent en régions de plaines et connaissent les visites de plusieurs personnes aussi bien des régions de montagne que de plaines, comme le moussem de Moulay Abdellah Amghar à El Jadida. C'est pour dire que l'échange de visites est mutuel entre les habitants de plaines et de montagne en ce qui concerne les déplacements à des fins de pèlerinage, mais le sens de sacralisation de certains marabouts et saints commence à céder la place à un sens commercial pure et simple, comme l'avait constaté M. BERRIANE pour le cas du moussem de Moulay Abdellah Amghar[10].
L'intérêt de ce genre de rassemblements pour l'activité touristique peut être d'une grande utilité, en l'exploitant comme moyen de promotion et de développement du tourisme intérieur et international en même temps. En ce qui concerne le tourisme national, ces manifestations méritent de garder leur originalité et tout l'éclat qu'elles avaient auparavant devant un sentiment de négligence de la part des populations, des élus et des autorités concernés, car une tendance se dessine vers la disparition de certaines des grandes manifestations, comme le moussem des fiançailles à Imilchil, à cause des différents entre les populations dus en majorité aux questions des élections et les décisions arbitraires des responsables en ce qui concerne les changements de dates et périodes de la manifestation. Quant au tourisme international, quelques efforts insignifiants sont entrepris pour promouvoir ces manifestations religieuses et commerciales auprès des touristes étrangers. Les caractéristiques qu'offrent les régions et localités et le cadre de déroulement de ces manifestations, ainsi que leurs buts méritent d'être l'objet d'une médiatisation auprès des agents de voyages et tour-opérateurs étrangers. En effet, Les moussems et fêtes peuvent devenir un outil de développement et d'animation touristique à l'échelle régionale s'ils sont exploités dans un but de commercialisation touristique de la destination. Nombreux sont les moussems et fêtes qui sont commercialisés par des agences de voyages, particulièrement le moussem des fiançailles de Sidi Ahmed Oulemghanni à Imilchil et la fête des roses à Kalaâ M'gouna, mais un problème d'une grande importance entrave la réussite de la commercialisation de ces manifestations, c'est particulièrement la fixation des dates de leur déroulement, qui souvent ne sont arrêtées que quelques mois ou quelques semaines à l'avance, auquel s'ajoute un manque de moyens d'hébergement des visiteurs. [1] Bernard DOMENECH, "Le Maroc, les plus belles courses et randonnées", Denoël, Paris, 1989, p.p., 168-170. [2] Il s'agit de la première rencontre des Amis de la montagne, les 6 et 7 juin 1998, sous le thème : "Protégeons la montagne, source de développement et de loisirs", organisé par le Club Marocain de la Montagne à l'Institut de Technologie Hôtelière et Touristique de Marrakech. [3] D'après la déclaration du Président de la Fédération Royale de Canoë- Kayak lors d'une émission télévisée en 1998. (1dh = 0,59 FF cours de change en septembre 1999). [4] En avril 1999, un groupe d'organisateurs de voyages sportifs ont pu répertorié des sites propices au delta-plane dans les montagnes du Saghro à quelques kilomètres au sud du village de N'koub. [5] Créé dans l'actuel Gouvernement d'alternance mais reste sous la tutelle du Ministère de l'Agriculture, du Développement Rural et de la Pêche Maritime. [6] Op. Cit. , L. SELLAK, p.p. 189-202. [7] Il s'agit surtout des mémoires de licences effectués par les étudiants des universités les plus proches de ces zones de villégiature, comme les universités de Marrakech pour la région de l'Ourika et My Brahim et celles de Fès et Meknès pour les régions du Moyen Atlas. [8] Mohamed BERRIANE, "Tourisme national et migrations de loisirs au Maroc", Thèse d'État, Tours, 1990, p.p. 85-110. [9] Idem. , p. 89. [10] Idem. , p. 99.
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